La fabrication

Je fabrique mes flûtes à partir de matériaux naturellement creux (flûtes dites « à perce naturelle »). Ce point est crucial dans ma démarche et dans les instruments que je propose car, même si la perce peut être retravaillée (cas de mes flûtes en bois), je travaille avec des matériaux tous différents, aux morphologies dictées par « Dame Nature ». Pour chaque morceau que je destine à un avenir musical, et afin de créer des instruments précisément accordés, un grand travail d’adaptation est donc nécessaire. Cela me différencie de la fabrication de flûtes plus classiques et actuelles où on reproduit à l’identique des séries du même instrument, et dans laquelle, à l’inverse de ma démarche, c’est le matériau qui se plie aux exigences du luthier. Chaque instrument qui sort de mon atelier est donc une pièce unique avec sa propre personnalité et développant des qualités acoustiques et timbres de jeu bien spécifiques.
Je travaille essentiellement le bambou (Phyllostachys sp, Arundinaria graminea), la canne de Provence (Arundo donax), le sureau noir (Sambucus nigra), le Frêne (Fraxinus sp.) et le Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea). Tous mes matériaux sont issus de mes propres récoltes en France, en Espagne et au Maroc. Différentes essences de bois (fruitiers, buis, genévrier, etc…) sont utilisées pour les embouts et certains éléments acoustiques et décoratifs.
Mon travail s’effectue uniquement à la main, avec des outils pour la grande majorité manuels (couteaux, perçoir, grattoir, fraises…). Cette particularité permet un travail plus progressif, donnant la possibilité de s’ajuster avec plus de précision aux caractéristiques propres à chaque tronçon travaillé.
LES DIFFÉRENTES ÉTAPES DE FABRICATION :

  • Sélection sur pied

En hiver, des journées de prospection et de coupe me permettent de faire mon stock en matière première.

  • Stockage et séchage

Les essences utilisées sont stockées à l’ombre dans une pièce aérée et sèchent au minimum deux ans avant d’être utilisées pour la facture de flûtes. Les récoltes sont triées par année de récolte.

  • Tronçonnage et tri des tronçons les plus aptes à réaliser des flûtes.
  • Alésage et/ou ponçage de la perce

Selon le matériau utilisé et la finition souhaitée, la perce peut être retravaillée, réalésée, poncée, lustrée.

  • Perce des trous et accordage

C’est la phase la plus longue et la plus méticuleuse de la création d’une flûte. Elle s’effectue durant plusieurs jours. C’est là que tout se joue, qu’on découvre les particularités sonores du tronçon choisi et que la flûte va progressivement révéler tout ce qu’elle a en elle.

  • Mise en place des embouts, incrustations, gravures selon le modèle et les demandes
  • Ponçage, lustrage

Trempage de finition dans l’huile

  • Vérification de l’accordage après trempe et derniers réglages

Mise en place des ligatures selon le modèle et les demandes.

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Matériaux utilisés

Je présente ici une liste des principaux matériaux utilisés dans mon atelier.
Tous les matériaux utilisés sont récoltés par mes soins en France, en Espagne et au Maroc. Ils sont coupés en prenant en compte différents aspects importants pour garantir une qualité supérieure en vue de flûtes de haute qualité: maturité/âge, zone de croissance, période de l’année, phase lunaire…
Différents traitements après récolte permettent également d’améliorer considérablement la qualité des matériaux d’un point de vue acoustique et physique.

Le bambou

C’est avec le bambou que j’ai commencé mon apprentissage en lutherie.
C’est un matériau particulièrement sonore et vibrant. Ses fibres très denses et très longues, à la structure unique, permettent une excellente projection du son. Cela donne des instruments au son très cristallin tout en étant vibrant et très puissants en volume sonore. Pour toutes ses qualités, il est utilisé depuis la nuit des temps pour la fabrication de flûtes et d’autres instruments.
Sauf exceptions, tous mes bambous sont récoltés dans le piémont pyrénéen. Cette région de France présente en effet toutes les conditions favorables pour produire des chaumes de haute qualité (printemps et automne doux et humides, étés secs et chauds, hiver froids).
Plusieurs variétés poussant localement se sont révélées très adaptés à la facture de flûte. Les principales variétés utilisées sont les suivantes:
Arundinaria graminea : de section ronde sur toute la hauteur du chaume, c’est un bambou à la fibre dense et aux très longs entre-nœuds. On peut fabriquer dans un seul entre-nœud des flûtes jusqu’à des tonalités de Do alto !
Phyllostachys pubescens : ce bambou a une fibre très dense. Il est intéressant surtout pour la base de ses chaumes où les nœuds se resserrent tout en s’évasant. Il en résulte des flûtes à l’esthétique inimitable.
Phyllostachys viridiglaucescens : De fibre également très dense, j’utilise ce bambou dans sa partie basse où il présente une section ronde et une grande régularité d’alignement entre les entre-nœuds mais aussi dans sa partie haute où les entre-nœuds peuvent atteindre des longueurs remarquables (plus de 50cm). Les entre-nœuds de la partie haute du chaume présentent un méplat.
Phyllostachys nigra : Très intéressant pour son côté esthétique, ce bambou présente également et surtout des qualités sonores exceptionnelles ! Il est en effet extrêmement vibrant et produit un son d’une clarté unique. Sa fibre est extrêmement dense. Comme pour Phyllostachys viridiglaucescens, la base des chaumes présente une section ronde avec des entre-nœuds assez réguliers entre eux permettant de faire des flûtes sur plusieurs entre-nœuds. La partie haute présente un méplat.

La canne de Provence

Comme son nom l’indique, la canne de Provence est une graminée que l’on rencontre à l’état sauvage en Provence et partout autour de la méditerranée.
Matière extrêmement sonore et vibrante, elle est utilisée à juste titre et depuis la nuit des temps pour la fabrication d’instruments à vent (on a retrouvé des flûtes en canne dans des tombeaux de l’Egypte ancienne). Aujourd’hui, même si dans nos contrées cette matière n’est plus utilisée que pour la fabrication d’anches (on a jamais trouvé mieux pour faire sonner les instruments à anche…), partout ailleurs une grande partie des flûtes fabriquées sont faites de ce matériau remarquable inégalé du point de vue de ses qualités acoustiques.

Le sureau

Le sureau, avec la canne de Provence fait partit des premiers matériaux utilisé par nos ancêtres pour la confection de flûtes. Malgré sa fibre moyennement dense due à une croissance rapide, ce bois est très adapté pour la fabrication de flûtes. Il donne aux flûtes un son à la fois doux, rond, puissant et très vibrant !

Le Frêne

Le frêne a une fibre longue, dense et dure. Il se situe d’un point de vu sonore à mi-chemin entre le sureau et le cornouiller, donnant à la fois beaucoup de vibration au son et une sonorité claire. Il est utilisé traditionnellement pour la confection de flûtes dans les Balkans et dans les régions voisines. C’est un excellent bois à flûte.

Le Cornouiller sanguin

Le Cornouiller sanguin présente une fibre extrêmement dense et dure. C’est le bois en europe qui présente la plus grande densité ! Les instruments fabriqués avec ce matériau ont en conséquence une sonorité très claire et puissante, riche en harmonique. Il est utilisé également depuis très longtemps dans la fabrication d’instruments à vent.

Finitions et décorations

Finitions bambou

Pelée, polie : Les « peaux » intérieur et extérieur du bambou sont retirées. Un ponçage fin est ensuite réalisé intérieur et extérieur (15 grains différents jusqu’à grain 12000). A l’intérieur, ce procédé donne au son de l’instrument plus de clarté en réfléchissant mieux les vibrations du souffle du musicien ; à l’extérieur, c’est l’aspect de la flûte qui est changé : les veines du bois deviennent visibles, la flûte est brillante avec un effet miroir.
Naturelle : Les « peaux » intérieur et extérieur du bambou sont laissées intactes. Le son est plus chaud et doux ; l’aspect naturel du bambou est inchangé (seul un léger ponçage rend la peau un peu plus brillante qu’au naturel)
Couleur du bambou : Toutes mes flûtes reçoivent un traitement au feu dans le but premier de stabiliser la fibre, de la durcir, et de la rendre ainsi plus vibrante (ce traitement rend également la fibre moins attractive pour d’éventuelles xylophages et augmente ainsi la longévité potentielle de l’instrument). Plus le processus est long, plus la fibre durcira, plus la flûte deviendra vibrante et plus sa couleur deviendra foncée. On peut choisir ainsi la couleur de son instrument en fonction de l’aspect voulu et/ou de la sonorité recherchée.

Finitions bois

Toutes mes flûtes en bois sont pelées, poncées et polis à la manière de la finition pelée polie des flûtes en bambou.
Finition vernis : On peut pour un résultat final plus brillant opté pour une finition vernie. J’utilise pour cela de la gomme laque, un vernis naturel tiré des cochenilles.

Gravures

Les gravures sont réalisables sur tous les types de bois utilisés içi, sur la Canne de Provence et sur bambou en finition naturelle.
Le prix est fonction de la taille de la flûte, du type de gravure (gravures-entailles faite entièrement à la main et au couteau ou gravures au Dremel) et de la complexité des motifs. Me contacter pour plus d’informations.

Ligatures

Les ligatures sont faites avec du fil très haute résistance qui permet de leur donner beaucoup de tension. Les fibres de la flûte sont ainsi resserrées donnant plus de résonnance à la matière. Le risque de voir apparaitre une fente devient quasiment nul. L’esthétique de l’instrument est améliorée.
Le nombre, le positionnement, la ou les couleurs des ligatures peuvent être choisis par le client.

Embouts

Je peux ajouter sur mes modèles des embouts en bois. En plus d’apporter un certain côté esthétique, ils permettent de renforcer aux extrémités l’instrument qui en bénéficie…
Différentes essence sont utilisables pour la réalisation d’embouts : genévrier cade, Buis, fruitiers variés, chênes, cornouiller sanguin, cytise, frêne…